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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 14:17

E

Passante habtiuée aux caprices divers
Exigés par les sons de la langue française,
Tes emplois récurrents savent prendre à revers
Jusqu'à ceux qui te font ponte de sa genèse.

Les accents t'ont conçu différents faux-jumeaux
Et le poète a dit qu'on voyait ta présence
Comme une ombre portée à la suite des mots
Quand ta terminaison ne fait pas résonnance.

Et pour comble d'amour, ce mutisme secret,
Cette danse finale à la pose divine,
Cette douce mesure au sourire discret,
Est pour les amoureux la rime féminine.

Sans doute ont-ils perçu dans ce déhanchement
Comme une analogie à la grâce des femmes
Et ces adorateurs ont unaniment
Lié leur insolence aux contours de tes lames.



10 Août 2007

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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 17:02

Quand elle mijotait au coin de la cuisine,
Lentement, à feu doux, et sur son poële ancien,
Son petit sifflement ne payait pas de mine
Mais l'on savait déjà que l'on mangerait bien.

On la savait dormante au fond de sa marmite,
Exhalant les senteurs des légumes du jour.
On disait de Mamie : "elle a bien du mérite",
Elle nous répondait : "j'ai surtout de l'amour".

La vieille table en chêne avec sa nappe blanche
Commençait à l'attendre en fin d'après-midi ;
A coup sûr elle était au pistou le dimanche,
La soupe de poissons, c'était le vendredi.

Elle avait tout le temps cette petite touche
De saveur provençale ; elle mettait du coeur
A réchauffer les corps à chaque coup de louche :
C'était simple, c'était simplement le bonheur.


                            *


La soupe de Mamie était inimitable,
Elle sentait ce temps qu'on appelle autrefois ;
Personne ne saura, ni ne sera capable
De concocter pareil breuvage au feu de bois.

La soupe de Mamie, elle est bien la dernière
A pouvoir se vanter, et cela sans mentir,
Que celle qui l'a faite est une cuisinière,
Qu'elle était naturelle et qu'elle a fait grandir !

La soupe de Mamie ? Ah ! Quelle longue histoire !
Quelle odeur agréable à l'heure du repas !
Dire que le passé nourrit cette mémoire
Et que notre avenir ne la connaîtra pas !

La soupe de mamie ? Un très grand héritage !
Un trésor millénaire offert par nos aïeux
Qui comme le patois, comme le tricotage
Hélas sera perdu quand partiront nos vieux.


19 Avril 2007

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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 10:56

 

C'est incroyablement débile ces parades

Que ces couples béats d'amoureux garantis

Font toute la journée à grands coups d'embrassades !

Ce qu'ils peuvent avoir l'air con ces abrutis !

Si l'un d'eux lâche un pet ils s'en rendent malades,

Si l'un d'eux a le rhume ils sont anéantis !


Ces apprentis foireux, acteurs de pacotille,

Jurent fidélité, se regardant toujours

(Même en bavant parfois) le blanc de l'œil qui brille

Avec des mots naïfs et des gestes glamours ;

"Paix des religions", "le monde est en famille"...

Ils tiennent à peu près tous le même discours.


Il faut se les farcir au cours d'une soirée

Où, pas une minute et sans même être soûls,

Ils ne sortent cette arme unique et préférée

Où l'un des deux lurons s'assoit sur les genoux

De l'autre, et tel un rat réclamant sa denrée,

Geigne, couine et gémit : "bisous, bisous, bisous..."


Si jamais l'un s'endort, l'autre feint la fatigue

Car cette paire en or ne se décolle pas !

Ils dorment aussi bien qu'une vague navigue ;

Au jour on les retrouve enroulés sous les draps,

Souriant, excessifs, dans le nid qui les ligue,

Le damoiseau tenant sa belle dans les bras.


Un supplice de plus quand le couple déjeune :

"Le beurre mon amour", " le lait mon petit cœur" ;

"Tu m'aimes ?" "Oui, je t'aime." Ah bravo, ça c'est jeune !

Encore, on est chanceux, elle est de bonne humeur !

Sinon on était bon pour que la reine jeûne

Et que son tendre et cher raisonne son aigreur !


                       *

Les tourtereaux, nichés dans leur branche florale,

Se veulent très gentils, comblés et tolérants ;

A merveille ils refont l'image conjugale

Pour le plus grand plaisir des quatre beaux-parents ;

"C'est le gendre parfait", "c'est la brue idéale",

Des promesses sans fins, des propos atterrants...


Pour plaire à sa compagne, et ne point qu'il la perde,

Monsieur cuisine classe et fait dans le cocon

Des gazouillis pareils à ceux d'une saperde ;

Ils s'offrent, rougissant, des cadeaux à la con,

Terminent le dessert par des blagues de merde

Et s'en vont regarder la nuit sur le balcon.


Quand il rentre le soir, le sol sent la lessive :

Le duplex est nickel (merci les deux papas !).

Il est très attentif, elle est très attentive :

Elle a faim, il accourt préparer le repas ;

Il mendie un baiser, elle est compréhensive ;

Ensemble ils lèvent table et vont laver les plats.


Les achats de Noël sont à des prix sévères

Car pour le réveillon, il fait bon s'afficher !

L'appartement est chic et riche de mystères :

La photo du chien-chien dans la chambre à coucher

Et pour sacrer le tout, les portraits des grands-mères :

L'une en train de dormir, l'autre en train de loucher !


Le ménage est content de vivre dans sa bulle !

Lorsque le fil de fer a peur de trop grossir,

Il dit "je t'aime". Elle a les yeux sur la pendule

Car c'est bien avec lui qu'elle se voit vieillir

Même si quelquefois il laisse un point-virgule

Devant lequel Chouchou risque de défaillir.


Les études, bientôt, vont être réussies :

Il sera dans la pub, elle dans le fiscal.

Ils font pour le futur des tas de prophéties,

Gardent contact avec les gens du médical

Pour, en cas de bobos ou de péripéties,

Compter et rebondir sur le cercle amical.


                     *


Ce qui ronge les nerfs quand on voit ce théâtre,

C'est que ces spécimens de la perfection

Ne peuvent s'empêcher ce manège folâtre

Sous prétexte d'amour trop fort, de passion ;

Le couple se prévoit, le couple s'idolâtre

Et pense ainsi bâtir sa vénération !


Ils sont certains d'avoir leur destin l'un dans l'autre,

S'embrassent à mourir ; à peine ont-ils vingt ans...

Pendant qu'il se construit leur légende et s'y vautre,

Elle a déjà trouvé le prénom des enfants,

Et prédit pour chacun une gueule d'apôtre :

"Ils seront sages, doux, beaux et reconnaissants..."


Tout ça c'est bien joli pour la prochaine épouse

Mais le plus casse-pieds chez ce couple neuneu,

C'est que ces deux fleurons imitant la ventouse

Et s'insurgeant devant une trace de pneu,

Sont du genre à tomber dans la fierté jalouse

Qui, de ces couples-là, fait des têtes de nœud !


Aussi, leur cargaison de très belles paroles

Et leurs "bisous, bisous" plus agaçants qu'un rat,

Sont niais à tel point qu'ils en deviennent drôles

Et l'on serait heureux devant cet apparat

De foutre avec splendeur à ces deux chiffes molles

Un coup de pied au cul direct au débarras !


2-3 Janvier 2007

 

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26 juillet 2007 4 26 /07 /juillet /2007 16:27

Je parlais, la laissais parler. Il faisait bon

Et je faisais attention

A tout ce qu'elle pouvait dire.

Je notais le moindre sourire

Que son bon vouloir m'adressait.

Son regard perçant me glaçait,

Son haut découvrait ses épaules.

Je tentais de rester maître de mes paroles

Bien que je me sentis le sang dans les genoux.

Tout se passait bien entre nous,

La soirée était convenable.

Le vin se dressait sur la table

Et je me dressais en dessous ;

A force de clins d'œil, mes reins devinrent fous

Tant elle me jouait de sa coquetterie.

Je fis preuve de calme et de galanterie,

Les femmes aiment ça... Soudain

L'insolente sourit en coin ;

Elle vida d'un trait son verre

Puis elle se pencha d'une belle manière,

Leva ses yeux coquins et d'un petit soupir :

"Voudrais-tu me faire plaisir

Pour que cette soirée au final soit parfaite ?"

Je fis trois fois "oui" de la tête !

Lascive, elle se détendit ;

La demoiselle répondit :

"Les discours sont d'une autre époque,

Il est minuit et je me moque

Du jeu de la séduction !

Montre-moi seulement que ta convention

Excelle à l'art de la caresse

Car c'est bien ça qui m'intéresse !

Une démangeaison me travaille le bas

Et je vais t'en vouloir si tu n'apaises pas

Avec ta langue curieuse

Ces doux picotements qui vont me rendre heureuse !


18 Juin 2007

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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 11:36

Tandis que les moteurs tournent à plein régime
Dans l'atroce concert du bruit indifférent,
A chaque pas de plus, cette foule anonyme
Se dévisage en s'ignorant.


Elle marche, elle croise et recroise, elle passe
Et repasse les fils de son immensité
Mais tout ce remuement énorme qu'elle brasse
Est comme atteint de cécité.


Aucun son, aucun mot qui ne sort de sa bouche
Mais toujours la fumée effroyable qui tord
Les narines, la gorge et vient y prendre souche
En la serrant un peu plus fort.


Là, ce boulevard noir de monde mais inerte
Est un long récital muet de bout en bout ;
Là, cet arrêt de bus est une tombe ouverte
Aux mourants qui tiennent debout.


A chaque coin de rue, un monstre de silence,
A chaque angle d'immeuble, un spectre de douleur,
Plusieurs milliers de corps font son inconsistance
Et font élargir son ampleur.


L'hiver froid n'est pas fou, l'été chaud n'est pas dupe,
Les cadeaux du premier, les maillots du second
Savent qu'après cela, personne ne s'occupe
De ceux et celles qui s'en vont.


Derrière les passants, la foule qui s'exsangue
Enfermant dans son cœur le vacarme des pas ;
On dit les mêmes mots dans une même langue
Mais l'on ne communique pas.


 

3 Juin 2007

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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 11:44

Je redoute déjà cette fin de semaine
Quand ma fille de seize ou dix-sept ans à peine
Me dira doucement : "Papa, je veux te voir...
Est-ce que je pourrais dormir chez lui ce soir ?

Puisqu'il faut que cette heure un jour ou l'autre arrive,
Oh ! Puisqu'un père est comme un arbre que l'on prive
De garder les fruits mûrs que sa branche a portés,
Puisqu'il faut se résoudre à perdre ces beautés,
Alors dans la seconde où viendra le silence,
Bien sûr sans lui montrer ma terrible souffrance,
Je serrerai les poings d'un chagrin inouï
Et mon cœur abattu dira simplement "oui"...

                                                                                   25 Octobre 2005


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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 11:38

Six heures du matin, le réveil se déchaîne
Et c'est depuis deux ans le même rituel ;
J'ouvre à peine les yeux, d'un geste habituel,
J'éteins ce fou qui hurle et me rend incertaine.

Ma tête est encor lourde et mon esprit brumeux,
Ma respiration est encor hésitante
Et j'ai dans la poitrine une masse oppressante,
Une sorte de poids angoissant, nuageux.

Six heures du matin, l'hiver est difficile
Et l'horloge m'a mis son cadran assoiffé
En face de la table où je bois mon café :
Je le fixe, je pense et je reste immobile...

Je pense à cette époque où sur le bord de mer,
Mon frère et moi faisions de grands châteaux de sable,
Je pense à mon école, à mon petit cartable,
A notre appartement qui nous était si cher !

Je pense à mon enfance et je pense à mon père
Qui nous a laissés seuls du jour au lendemain ;
Le divorce, l'huissier, son travail inhumain,
Aux meubles qui s'en vont, aux larmes de ma mère.

Ma mère qui parvint à trouver un logis
Pour vivre dignement seule avec ses deux gosses,
Le secours populaire et les hivers précoces :
Il fallait éviter de faire du gâchis !

Je pense à mes amours de jeune adolescente,
A ma première fête, à mon premier baiser,
A ces halos de sang venus se déposer
En cercle sur mes draps par une nuit tremblante.

Je pense à nos secrets de filles, aux garçons
Qui nous draguaient toujours en nous contant fleurette
Au bahut, où chacun fumait sa cigarette
Au moment de la pause à côté des buissons.
Je pense à ce fameux printemps, en terminale,
Quand nous étions devant les résultats du bac ;
L'attente, le tableau, le cœur qui bat, le trac,
Et notre cri de joie à l'annonce finale !

Après, j'étais quasi certaine d'avancer,
Après je désirais poursuivre mes études,
Mais moi je n'avais pas, car ces temps-là sont rudes,
Les moyens de survivre et de les financer...

Et je pense à ce jour où calme et résignée,
Je suis venue ouvrir, dans le quartier voisin,
La porte d'un bureau de ce grand magasin ;
Mon sentiment amer en serrant la poignée...

Je reprends mes esprits ; les deux doigts du cadran
Ont à peine changé leur misère de place,
Le vent souffle dehors et brandit sa menace,
L'hiver sera toujours un terrible tyran !

Mon café, presque froid, dans son œillet trop sombre,
Comme un rêve qui meurt, a l'air de vaciller,
Comme ma vie aussi quand je vais travailler
Et que les souvenirs me suivent comme une ombre !

Je vais prendre mon poste et je ne dirai rien,
Les clients me verront aimable et souriante,
Je rêverai toujours la vie étudiante,
Et ce rêve demeure un fragile soutien.

On ignore mon nom ; de derrière ma caisse,
D'où je ne peux plus voir la lumière du jour,
Je me surprends parfois à songer à l'amour
Et tombe dans l'oubli quand le rideau se baisse !


         25-26 Août 2005

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